Manette (la folle et les dieux de carton) est un film insolite sur la quête spirituelle et amoureuse d'une jeune femme aux moeurs libres dans un Québec qui n’en est qu’aux balbutiements de sa Révolution tranquille. En convoquant tour à tour Sade, Claude Gauvreau, les Baronets et le Hatha yoga, Manette étonne par son exploration de thèmes précurseurs pour son époque et porte en lui les idées à la mode et le renouveau spirituel des années 60.
Ce personnage de jeune fille névrosée chez ses parents, fantasmant des oiseaux, vivant une liberté sexuelle nouvelle, développant ses talents créateurs aux Beaux-Arts, participant à des manifestations indépendantistes, vivant avec un homme sans être marié, subissant un avortement clandestin, rencontrant le masochisme et le lesbianisme, admirant le poète Claude Gauvreau livrant ses poèmes dans des petites boîtes où se rassemblent des artistes, passant un temps par la prostitution pour finalement aboutir dans le yoga et le mysticisme oriental correspond d'assez près à beaucoup d'idées-maîtresses à la mode dans les années 60. Sa constatation finale de l'inanité des spiritualités asiatiques est même en avance sur son temps.