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Projection de la version restaurée de Parlez-nous d’amour le 19 octobre à la Cinémathèque québécoise

Publié le 06 octobre 2026

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Parlez-nous damour
La version restaurée de Parlez-nous d'amour sera présentée le 19 octobre à la Cinémathèque québécoise pour souligner les 50 ans du film. Sur la photo : Anne-Marie-Ducharme et Jacques Boulanger

C’est avec beaucoup de plaisir qu’Éléphant présentera, le 19 octobre prochain à la Cinémathèque québécoise, la version restaurée d’un drame de mœurs de Jean-Claude Lord unique en son genre : Parlez-nous d’amour (1976). La projection, qui vise à souligner les 50 ans du film, aura lieu à 18h.

Œuvre de dénonciation, véritable coup de poing envoyé au milieu du spectacle de son époque, Parlez-nous d’amour a été coscénarisé par nul autre que Michel Tremblay, qui signe tous les dialogues du film.

On y suit un populaire animateur d’une émission de variétés à la télévision, adoré du public féminin, qui profite de sa situation de différentes façons. Dégoûté peu à peu par les abus de pouvoir et les manipulations dont il est le témoin, il tente de réagir au processus d’aliénation dont est victime le public. 

Le rôle principal est tenu par Jacques Boulanger, une vedette d’émissions de variétés de l’époque qui joue en quelque sorte son propre rôle. C’est d’ailleurs après que ce dernier ait raconté à Jean-Claude Lord plusieurs expériences vécues que l’idée du film a germé dans la tête du réalisateur.

Dans La Presse du 25 septembre 1976, Jean-Claude Lord, interviewé par Serge Dussault, expliquait sa démarche controversée :

«J’ai fait "Bon dimanche" pendant trois ans, d’une part, puis "Boubou" à titre de chroniqueur de cinéma pendant une année. J ’ai rencontré un paquet de monde du milieu décrit dans mon film, celui des variétés. J’ai vu et on m’a raconté un tas de choses. Un jour, Jacques Boulanger m’a parlé de ses quinze ans d’expérience dans le monde du spectacle. Il était suffisamment écoeuré pour avoir envie de le dire.» (…)

«Dans Parlez-nous d’amour, j'ai voulu que les gens voient de façon précise et directe comment ils se font tromper royalement par un certain milieu du spectacle, et j’espère que les jeunes vont se réveiller à temps et ne deviendront pas, comme leurs parents, des consommateurs de crétinisme.»

Jacques Boulanger en compagnie de ses admiratrices

À sa sortie, le film a reçu des critiques très contrastées. Si quelques chroniqueurs ont reconnu le courage et l’audace de la démarche, plusieurs étaient scandalisés par le langage vulgaire où le sensationnalisme du film. Une des critiques négatives les plus célèbres de l’époque revient à Gilles Thérien dans la revue Voix et Images, vol. 2, no 2 (décembre 1976).

«Le film qui raconte les déboires d'un animateur de télévision qui se met à penser (un peu) et l'univers sordide du monde des variétés, utilise exactement les mêmes procédés qu'il semble vouloir dénoncer: vedette phallocratique à peine dénudée, producteurs véreux et vicieux, public laid et bête, morale qui ne peut que conduire à la dépression. Ce film «populaire» est un monument de vulgarité (vulgus). Ce sont des films du genre (Canal 10 et moins...) qui vous font parfois regretter de ne pas être né en Papouasie.» 

Jean-Claude Lord et Jacques Boulanger eux-mêmes ont été un peu secoués lors de la projection le soir de la première, comme nous le disait le réalisateur dans une entrevue qu’il nous a accordée il y a quelques années : 

«Quand j’ai regardé le film avec tout le monde qui était là, tout le monde du milieu pis les madames aussi qui jouent dans le film, je me suis dit : "C’est dur ce film-là!". J’en ai pris conscience davantage en le regardant avec le public. Au lendemain de la sortie, Jacques Boulanger devait faire la chanson Parlez-nous d’amour à l’émission équivalente de Boubou dans le métro. Il l’a faite. Après ça, il a renié le film.  Je pense qu’il a réalisé le soir de la première la charge que ça avait sur son public.(…)  Ce qui fait la charge du film, c’est que chaque scène individuelle est vraie, mais quand tu les ramasses en deux heures dans la même lignée, ça fait mal.»

Aujourd’hui, le film a acquis un certain statut culte pour son approche sans compromis et son côté avant-gardiste. C’est d’ailleurs une des œuvres québécoises préférées de Raphaël Rainville, le directeur d’Éléphant.

«J’ai découvert Parlez-nous d’amour vers la fin de l'adolescence, dans mes années formatrices de cinéma. Jusque-là, j’avais une image plutôt sage et pastorale du cinéma québécois. De tomber sur un film comme celui-là, qui parle avec une franchise confrontante d’une réalité contemporaine et la présente de manière crue et frontale, j'ai soudainement été happé par tout un autre pan de notre cinéma que je ne connaissais pas.

«Je trouve que c'est un film qui exploite les contrastes de manière particulièrement savoureuse. On peut éclater de rire, puis grincer des dents tout de suite après, ce qui rend l’expérience captivante et imprévisible. C’est aussi un film qui gagne à être vu plus d’une fois, parce qu’il est bourré de références, de nuances et de fins détails qui se font écho.»

Un film qu'Éléphant vous invite donc à venir voir ou revoir sur grand écran le 19 octobre prochain!