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La version restaurée du Sexe des étoiles présentée le 10 octobre au Cinéma Impérial dans le cadre du Festival du nouveau cinéma

Publié le 28 septembre 2022
Éléphant - La version restaurée du film Le sexe des étoiles sera présentée le 10 octobre au Cinéma Impérial dans le cadre du Festival du nouveau cinéma. Sur la photo: Denis Mercier et Marianne Coquelicot Mercier.
Fidèle à son habitude, Éléphant présentera encore cette année un film récemment restauré par son équipe au Festival du nouveau cinéma. C'est le 10 octobre à 18h au Cinéma Impérial que sera projetée la version restaurée du film Le sexe des étoiles (1993), de Paule Baillargeon, adapté du roman de Monique Proulx. La projection est gratuite, mais il est recommandé de réserver sa place sur le site du FNC.

En plus d'être des oeuvres à part entière, les films de notre patrimoine portent en eux une foule d'indicateurs de la société dans laquelle ils ont été créés. Avec le recul, ils nous permettent souvent de mieux comprendre comment certains enjeux sociaux étaient traités et perçus à une époque donnée et de mesurer la part de progrès et d'évolution de ces enjeux à travers le temps. Le sexe des étoiles en est un exemple éloquent.

Ainsi, si l'ouverture aux différentes identités de genre et les combats pour la reconnaissance des minorités sexuelles sont au c?ur du débat public aujourd'hui, on ne peut pas dire que c'était le cas dans les années 80 et 90. Quand Monique Proulx a écrit Le sexe des étoiles en 1987, la transsexualité était encore un sujet qu'on osait peu aborder de front et les personnes transgenres provoquaient souvent un certain malaise dans leur entourage.

C'est la cinéaste Paule Baillargeon qui a réalisé l'adaptation du roman au cinéma en 1993, non sans une certaine hésitation au départ. Elle a été profondément touchée par cette ?uvre lorsqu'elle l'a découverte des mains mêmes de son autrice, qui a procédé à une certaine réécriture de l'oeuvre originale pour les besoins du scénario. Lors d'une grande entrevue de fond en 2020, elle nous a raconté comment elle en est venue à tourner ce film. 

«J'étais allée dans un petit jury et elle était là, Monique Proulx, je ne la connaissais pas. Et puis à la fin, elle m'a donné son scénario et elle m'a dit : ??J'aimerais ça que tu le lises.'' (...) Je suis arrivée chez nous, j'ai lu la première page et j'ai arrêté à la fin tellement c'était bien écrit. Les personnages étaient beaux. C'était touchant.  Mais je me suis dit : ben non! Je connais pas ça là. C'est pas un monde que je connais, alors? comment je pourrais faire un film là-dessus? Alors j'ai dit non. J'ai commencé par appeler Monique et lui dire : ??Écoute, c'est très très beau, mais moi je suis pas capable de faire ça.'' Mais elle n'a pas lâché. Et puis elle m'a fait rencontrer Jean-Roch Marcotte, qui était producteur à l'époque. Finalement, j'ai accepté.» 

De son propre aveu, c'était la première fois qu'elle tournait un film d'aussi grande envergure, et elle a découvert une nouvelle réalité sur le plateau de tournage. Elle confie s'être battue longtemps, entre autres pour faire accepter son choix d'actrice pour interpréter Camille, la jeune fille interprétée par Marianne Coquelicot Mercier.

Son combat et sa passion ont néanmoins porté fruit : le film a été bien reçu et a bien fonctionné, attirant près de 65 000 personnes dans les salles obscures. Il a aussi remporté plusieurs prix, dont celui du meilleur film canadien et le prix d'interprétation masculine pour Denis Mercier au Festival des films du monde, de même que le Grand Prix et le Prix de la critique du 10e Festival international de l'image au féminin à Marseille. Cette année-là, il a également représenté le Canada dans la course aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger.

Paule Baillargeon ne souhaitait pas faire un film axé sur le transsexualisme. Elle voulait plutôt tourner une histoire à propos d'une famille éclatée et d'une petite fille qui souffre de l'absence de son père. Ainsi, Marie-Pierre, jouée par Denis Mercier, ne tombe pas dans la caricature ni dans l'excès de féminité affichée, et l'action se concentre à travers le regard de Camille. À l'époque, la communauté homosexuelle et trans s'est reconnue dans le film et l'a beaucoup apprécié en général. C'était la première fois qu'un personnage trans tenait la vedette d'un film québécois.

En regardant Le sexe des étoiles aujourd'hui, force est de constater que notre rapport collectif à l'identité de genre a beaucoup évolué.  Il est aussi fascinant de noter à quel point certains codes dans les rapports hommes-femmes ont changé depuis 30 ans, particulièrement dans le regard que porte l'entourage du personnage trans sur ce dernier. Toute personne qui s'intéresse à ces questions sera inévitablement interpelée par le film. La projection sera d'ailleurs suivie d'une discussion sur la transidentité dans le cinéma québécois. Le film sera disponible sur les plateformes de Vidéotron et sur l'app Apple TV le 25 novembre.

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